lundi 9 novembre 2015

HOMMAGE AUX ANCIENS



Cet article est dédié à nos anciens journalistes… Qu’ils reposent en pet… P-E-T

Dans notre chaleureux, lol, local, jaune, beaucoup de souvenirs nous liant aux anciens journalistes terminal de l’Apprenti nous entourent. Que se soit des dessins, des trous, des phrases cultes ou autres, leurs souvenirs nous hantent. Mais ne vous méprenez pas, je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils nous manquent cruellement…. Je ne dirai pas que j’ai un souvenir bien particulier lié à chacun d’entre eux.
Je n’irai pas jusqu’à dire que lorsque je regarde le tableau, je me souviens de Jérôme et Martin, et le jour où ils l’ont fait tomber sur ma tête, non, loin de là….  Je ne dirai pas non plus que lorsque je regarde la grande table du fond je revois Sarah, installée dans son coin et jouant à la DS…. Non pas du tout… Je ne dirai pas non plus que quand je regarde la chaise près du mur, je me souviens de Thomas, jouant, lui, avec ses multiples bagues, aussi grosses les unes que les autres.  Quand je regarde notre « table » de  « réunion », je ne revois pas du tout Charlotte, ses fiches en main et Lydie, ses cahiers posés devant elle, toutes deux révisant à chaque instant en prévision du BAC. Et lorsque je suis assise derrière l’ordinateur, occupée à écrire cet hommage, je ne repense pas du tout à Jérémy, Arnaud et Ludovic, regardant toutes sortes de vidéos ou d’images aussi étranges les unes que les autres. Et quand mon regard se porte à nouveau sur le tableau, je ne me remémore pas du tout, les nombreux dessins qui y ont déjà figuré par le passer…. Non, non, rien de tout ça.

Non, quand je rentre dans cette salle chaque matin, je me souviens de chaque instant que j’ai pu partager avec eux, que ce soit des moments de rire, de stress, de doutes ou encore de coup de gueule. Je me souviens de chaque désaccord qu’il y a pu avoir, de chaque blague qui a résonné dans cette pièce, je me souviens de chaque repas, peu importe l’heure qu’il soit, que nous avons partagé. Je me rappelle des Interviews, des bananes, du chocolat et de la chantilly. Je me souviens des poulets du jeudi midi, des poubelles qui se remplissaient à longueur de journée. Je me rappelle de chaque rivalité, chaque détail qui les caractérisaient.
Je me souviens de chacun d’entre eux, comme si ils étaient toujours là, traînant des pieds dans notre local, de 8h à 18h, qu’il fasse beau ou non, que l’ambiance soit au rendez-vous ou non.
Je me souviens de leur accueil parmi eux, de ce qu’ils m’ont appris, et des valeurs qu’ils m'ont inculqué au saint de l’esprit de l’Apprenti, et c’est pour ça qu’aujourd’hui, toute la nouvelle équipe et moi-même leur disons MERCI ! Merci d’être à l’origine de ce qu’est le journal aujourd’hui, et merci pour vos erreurs, oui parce qu’il y en a eu, de nous permettre à nous, jeunes rédacteurs de l'Apprenti, de le faire évoluer encore et encore.

Juliette Mallet

mardi 30 juin 2015

Dernière lettre aux lycéens

« Partir, c’est mourir un peu, C’est mourir à ce qu’on aime : On laisse un peu de soi-même. En toute heure et dans tout lieu. » (Edmond Haraucourt)
Je signe là mon dernier article dans l’Apprenti. Il clôt mes trois années au lycée, mes trois années à valser entre le local du journal et les salles de cours, les révisions pour le bac et les maquettes à boucler à temps. Des moments pas toujours aussi sereins qu’on pourrait le croire. On m’a dit parfois que je faisais trop « bouger les lignes ». On m’a reproché mon premier pamphlet J’accuse-version 2.0 (n 39), mon hommage à Charlie Hebdo, mes emportements face à toute défaite politique et sociétale ; des écrits apparemment trop subjectifs, et peut-être même une plume trop virulente. On m’a traité d’influençable. Si je profite de cette dernière page, c’est pour me permettre, une dernière fois, de scandaliser les esprits les plus fragiles (tranquillisez-vous, il y a fort à penser que vous serez en tout repos l’an prochain !)
  Etre journaliste jeune. Pour vous, pour tous ceux que j’ai pu fréquenter ces dernières années, ces trois mots semblaient dérisoires. Qu’est-ce qu’ils font, ces journalistes jeunes ? Ils sont dans un local, une pièce minuscule au fond du couloir. Il paraît qu’ils écrivent. Et qu’est ce qu’ils écrivent ? Franchement, est-ce que ça vaut la peine de le savoir ? Etre journaliste jeune, ce n’est pas se réunir quelques fois par an  et poser nonchalamment ses articles sur la table sans aller plus loin. Ce n’est pas, comme on nous l’a si souvent reproché, chercher coûte que coûte à se faire remarquer sans raison valable, ni écrire un article en quelques secondes pour simplement vous les balancer comme à des animaux.
Etre journaliste jeune, ce n’est pas seulement un engagement. Au lycée Blaise Pascal, pendant trois ans, être journaliste jeune a été une épreuve. Sommairement, c’est se réunir chaque matin, avant huit heures, pour faire le point, se retrouver de nouveau à midi (au détriment du déjeuner de certains), passer des nuits blanches à finaliser un numéro, puis le recommencer vers deux heures du matin parce que le système a sauté mais que vous avez promis à votre rédacteur en chef qu’il serait terminé le lendemain. Etre membre de l’Apprenti va encore plus loin : c’est subir les humiliations, les dégradations, les insultes tout au long de l’année. C’est retrouver vos nuits de travail chiffonnées au fond des poubelles, supporter les regards méprisants de ceux qui vous ont à peine lu mais qui, par principe humain, ont décidé qu’ils vous haïssaient. C’est se réveiller chaque matin et se demander pourquoi on est là, pourquoi on se bat encore, pourquoi est-ce que l’on  s’acharne à vouloir ouvrir les yeux de 2000 lycéens qui ne vous répondent qu’avec dégoût. En trois ans, nous avons été traités de « collabos », de « nazis », de « torchons ambulants ».  Et pourtant, nous avons continué à déambuler fièrement dans les couloirs du lycée, nous nous sommes interdits de raser les murs malgré tant d’oppression, nous nous sommes affranchis de toute censure. Et nous nous sommes certainement plus épanouis que tous ceux qui fermaient les yeux devant nos gros titres.
J’ai conscience que cet article, une dernière fois, en fera ciller plus d’un. Tant mieux. Si je suis trop virulente pour certains (ou trop franche ?), c’est uniquement, et j’ose le dire avec toute la prétention dont je suis capable, que mon but a été atteint. Apprenez une chose : la presse jeune, non seulement est libre de toute censure exception faite de la sienne. Une deuxième peut-être, c’est qu’il n’y a qu’en s’exprimant librement qu’elle pourra s’épanouir.
A ceux qui ont toujours refusé de nous lire, aux lycéens qui repoussaient nos journaux avec un air narquois au possible, je ne saurai leur reprocher que leur manque d’ouverture qui, au fond, ne regarde qu’eux. Quant aux autres qui prenaient un malin plaisir à nous discréditer même au-delà de l’établissement, je leur reproche leur aveuglement face au monde d’aujourd’hui face auquel ils devraient se soulever, leur égocentrisme de par leur refus de tolérer que leurs semblables aient besoin de reconnaissance, enfin leur arrogance pour s’obstiner à ne pas reconnaître des heures de travail.

Avoir un journal dans un lycée est une chance. Il est l’un des piliers de la démocratie dans un établissement scolaire. Aujourd’hui, je ne peux partir que mitigée. Malgré le pincement au cœur qui va saisir tous les membres de l’Apprenti dans quelques heures, je suis obligée d’avouer que quitter la rédaction me fait l’effet d’un poids que l’on me retire. Je remercie malgré tout ceux qui ont osé nous soutenir tout au long de ces années ; élèves compréhensifs comme professeurs passionnés. Ce sont eux qui me permettent de ne pas m’en aller déçue. 

Vous n'aurez pas la presse jeune

   Il y a quelques mois seulement que la presse satirique, la presse libre et délicieusement provocatrice symbolisée par Charlie Hebdo, a manqué d’être étouffée par une poussée d’obscurantisme. Aujourd’hui, c’est la presse jeune que l’on chercher à essouffler. Or, une telle idée est tout simplement impensable.

  Le 11 janvier, toute la France était Charlie ; cinq millions de personnes défilaient dans les rues, les autres applaudissaient aux balcons ou s’empressaient d’aller acheter le dernier numéro du journal ravagé – crise parfois rehaussée d’ hypocrisie pour un journal que certains n’avaient encore jamais tenu dans leurs mains. Pendant quelques heures, nous avons cru, de manière très utopique peut être, que tous les Français avaient réussi à se réconcilier autour d’une même et unique évidence : la presse, ici, en France, est libre. Exception française, « bête et méchante » à ses heures, ignorant toute censure et hurlant haut et fort ses valeurs comme ses idéaux, elle devait absolument perdurer, ne jamais s’éteindre. La censure est insupportable à ceux qui ont pris goût à tout dire. Or, c’est là l’un des goûts sur lesquels est bâti notre République, première valeur qui nous fait émerger de nombreux autres pays où la presse, malgré les apparences, ne fait que se déguiser et balbutier des vérités dérisoires. Pourtant, après ce glorieux 11 janvier, après ces manifestations gaillardes et virulentes qui avaient tant honoré la France et fait remonter la popularité du Président comme après une semence intensive, on entendit dès le lendemain gronder les premières girouettes. Les révolutionnaires du dimanche revêtirent le lundi leurs costumes réactionnaires et leurs discours insensés : « Oui, la presse doit être libre, mais… » Ah ! Ce « mais » qui retire à lui seul toute la grandiloquence d’une pensée libre. « Mais ». Quatre pauvres lettres ridicules. Quatre lettres comme « mort », comme « rire », « Charb », « Cabu », autant de mots qui, malgré leur limité structurelle, ne perdent pas moins en significations. Et voilà qu’on remettait en question des siècles de combats pour la presse libre, que l’on jetait sur la table les écrits révolutionnaires des Lumières, de Voltaire, de Malesherbes, de Rabelais, de tous ceux qui, un jour, ont œuvré à libérer pensée et opinion, journalistes comme écrivains. A libérer tout un peuple de l’ignorance et de la censure. Voilà que certains se remettent à cracher sur notre liberté d’expression si durement acquise, cette valeur de combat, cette revendication acharnée contre la censure et le despotisme. Et l’on va jusqu’à remettre en cause le rire, dernier moyen de ne pas céder à certaines réalités qui devraient nous effrayer.
   Remettre en question la liberté d’expression est une aberration. Que l’on s’en prenne ensuite à la presse jeune l’est d’avantage. Les menaces et les attaques que reçoivent depuis janvier les journalistes de La Mouette bâillonnée, journal du lycée Marcelin-Berthelot de Saint Maur sont absolument ignobles et effrayantes. En quoi donc ont-ils blasphémé, offensé, outragé qui que ce soit ? Ils n’ont fait que soutenir ceux qu’ils considéraient comme un modèle, rendre hommage à leurs maîtres morts pour la liberté, et, par la même occasion, revendiquer la leur et affirmer que la jeunesse ne se laisserait pas traîner dans la boue. En un mot, ils n’ont fait que leur devoir de jeunes journalistes. Au XVIIIème siècle, à seulement quinze ans, Benjamin Franklin écrivait pour le New England Courant : « Sans liberté de pensée, il ne peut y avoir de sagesse, et pas de liberté du peuple sans liberté d’opinion. » Aujourd’hui, au XXIème siècle, en 2015, un jeune rédacteur en chef à peine âgé de dix-sept ans, vit dans la peur et la tourmente pour avoir osé user de sa propre liberté. Répondre à une liberté d’expression aussi légitime qu’exemplaire par l’envoi de balles et par des menaces injustifiées revient à répondre par la plus obscure et la plus grave des ignorances. L’ignorance, « mère de tous les maux ». La liberté d’expression peut blesser, elle ne tuera jamais. La presse jeune ne doit pas disparaître et ne disparaîtra pas. S’il faut remettre en question la liberté de la presse, s’il faut la galvaniser à nouveau, la faire revenir à un état fondamental, primitif, muette au possible et aussi corrompue qu’en instance de guerre, personne ne touchera à celle de la jeunesse. Il n’y a qu’elle, aujourd’hui, qui soit encore en mesure de contrer tous les écueils imposés à la liberté d’expression, il n’y a qu’elle qui puisse encore clamer ses valeurs - valeurs que le reste de la population semble avoir oubliées en préférant se conforter dans de rassurantes mesures limitatrices. S’interdire de penser autrement que par l’idée imposée est une bonne excuse pour ceux qui n’osent pas être eux-mêmes. Dans un monde de plus en plus corrompu où la démocratie, la laïcité, l’expression, toutes ces entités qui devraient être inébranlables, sont aujourd’hui bafouées, la voix des jeunes n’est pas seulement importante : elle est nécessaire. Sans elle, c’est toute la société qui sombre,  c’est tous les piliers de la liberté qui s’effondrent. Et nous, en tant que journalistes jeunes, ne nous laisserons pas embourber par les menaces qui pèsent d’avantage sur nous. Car l’exemple de La Mouette Bâillonnée reflète bien la réalité de nombreux journaux lycéens, de plus en plus victimes d’humiliation, de manque de reconnaissance, ou de simple indifférence. Or, nous n’admettrons ni ces menaces, ni ces dégradations, encore moins la peur et la corruption qui voudraient causer notre disparition. Aujourd’hui, ce sont tous les journalistes jeunes qui se soulèvent pour soutenir l’équipe de La Mouette Bâillonnée, afin de lui faire comprendre qu’elle ne sera jamais seule dans ce combat pour l’affirmation de ses valeurs, de nos valeurs. Et nous les porterons jusqu’à ce qu’ils soient hors de danger, nous resterons debout, près à mordre au moindre assaut. Consciente de sa légitimité et de l’authenticité de ses écrits, il est hors de question que la presse jeune se laisse écraser par les vices de ceux qui croient pouvoir la combattre. S’il y a une chose qui puisse réellement être considérée comme intolérable, c’est l’intolérance elle-même, et, en ce moment, lutter contre l’intolérance est du ressort d’une presse en devenir, de journalistes qui croient encore en ce qu’ils sont et en ce qu’ils veulent être. Alors nous invitons toute la presse jeune, nous invitons tous ceux qui savent encore faire pleurer ou rire l’encre selon leur envie, nous les invitons à se soulever avec nous pour dresser une muraille infranchissable, une muraille qui protégera tous ceux dont l’écriture et la liberté sont menacées, une muraille qui ne connaîtra ni gouvernant, ni menace, ni qui que ce soit pour tenter de la démolir. La presse jeune est la plus forte, la plus vraie, la plus vaillante. Et elle le sera toujours.
 


   Un certain François Mitterrand a dit « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, celui qui la méconnaît, en revanche, a toujours tort. » Aujourd’hui, nous dénonçons cette partie de la société qui, en nous, en menaçant le journal de La Mouette Bâillonnée, est plongée dans ses torts. Et quand bien même celle-ci serait entièrement aveugle, nous saurons résister et porter le flambeau de notre liberté. 

jeudi 22 janvier 2015

Mur d'expression: Charlier-hebdo

Suite aux attentats de Charlie Hebdo, nous vous avons laissé libres de vous exprimer sur notre "Mur d'Expression". Voilà ce que vous nous avez laissé :


*anonymes, veuillez vous identifier ! Merci :)
Catégorie citations:

"L'humour est un langage que j'ai toujours aimé. 
Notre ressort est de dénoncer la bêtise en faisant rire." -Cabu.

"Charlie-Hebdo n'est pas mort et ne mourra pas:
Il reste le flambeau de notre République et de la Liberté" -Charlotte M.

"J'étais avec un héros que j'admirais"
-Jeanette Bougrab, compagne de Charb.

"Parce qu'ils ont voulu bâillonner la France, des millions 
de Charlie ont fait surface." -Anonyme.

"Je n'ai pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre" -Charb

"Ils ont voulu nous mettre à genoux, ils nous ont mis debout"
-Ludovic M.

"L'humoriste est rarement un salaud. C'est un homme sans illusions."
-Wolinsky.

"Il y en a qui déciment. Il y en a qui dessinent."
-Baptiste. H.

"On est pas des porteurs de messages. On est simplement des clowns,
des saltimbanques." -Cabu.

"Je préfère mourir debout que vivre à genoux." -Charb

"Un peuple qui ne défend pas ses libertés et ses droits 
est mûr pour l'esclavage."
-Jérémy E.

"Il est mort "debout" on l'as exécuter pour un dessin."
-Jeanette Bougrab, compagne de Charb.

"La plume n'est pas une arme!" -Anonyme.

"En france, la liberté d'expression n'est pas assez utilisée par 
ceux qui ont les moyens de s'en servir." -Charb.

"Faut pas laisser le rire s'éteindre." -Ludovic.M

"J'aimerais savoir ce qui ce passe en France." 
-Jeanette bougrab, compagne de Charb.

"La guerre civile est a nos portes, réagissons, montrons à ces fous que les
valeurs de notre France régneront malgré tout. 
=> LIBERTE D'EXPRESSION!" -Anonyme.

"Ces journalistes sont morts parce qu'ils étaient 
des soldats de la liberté." -Badinter.

"Il ne nous reste plus qu'à perpétuer l'héritage de ces "soldats de la liberté".
Levez vous, écrivez, Dessinez, Chantez; de quelque manière que ce soit, exprimez-vous.
Nous n'avons pas à nous taire, mais à crier de toutes nos forces.
NOUS SOMMES TOUS CHARLIE!" -Charlotte M.

"C'est très difficile de jongler avec le second degré,
dans un monde où tout est pris au premier." -Charb.

"la caricature est un témoin de la DEMOCRATIE."
-Tignous.

Catégorie dessin:
 Sarah k. 

 Jeremy E.

Julia M.


 Alice Schubnel 

 Anonyme

Anonyme 

 Amélie L.

 Martin L.



jeudi 8 janvier 2015

Mercredi noir-hommage à Charlie Hebdo

On pardonnera aujourd’hui mon incapacité à dresser des portraits hilarants de personnalités déjantées ou à souhaiter à chacun d’entre vous, pour ce premier article de l’année 2015, des vœux à tours de bras. Pas de méditation sur le rire cette semaine ; plutôt une sur nos valeurs et le sens de certains actes-les nôtres y compris.

  Il y a des jours, des jours comme ce mercredi 7 janvier 2015, où les évènements vous prennent au dépourvu, vous prennent à la gorge ; c’est une véritable gifle. Des jours où être Français devient tout à coup une réalité douloureusement présente ; peut être parce que la France se lamente et saigne en chacun d’entre nous. Il aura suffit de rentrer chez soi, aux alentours de midi, en sifflotant peut être encore le refrain égrillard d’une chanson dérisoire, et puis quoi ? Allumer la télévision, simple geste aussi automatique que quotidien, en attendant que l’eau boue dans la cuisine. Et puis s’effondrer. Tout à coup, sans crier gare, l’on ne peut plus que fixer cet écran noir et sinistre avec le sentiment que tout se déchaîne autour de vous. Une bataille. Un carnage, là, au plus profond de vous-même. On ne ressort jamais indemne d’une bataille.
 
Charlie Hebdo, le symbole même de la liberté d’expression, du rire démocratique, de l’information provocatrice. Le symbole d’une République, de la République française. Ils sont douze en tout-un policier y compris-à être tombés  sous les balles de ceux qui s’étaient déclarés leurs ennemis. A quoi bon relater la scène qui tourne en boucle sur nos écrans depuis une journée ? Il n’y a rien de plus glaçant que l’attitude sereine de ces assassins cagoulés qui ressortent en trombe du local décimé de Charlie Hebdo, prenant encore le temps d’achever sur le trottoir un policier en agonie, et de ramasser une pauvre basket sur le bord de la chaussée. Rien de plus glaçant que ces mots, hostiles et abjects, qui fusent en l’air, traversent la rue, avec des intonations de victoire : « On a vengé le prophète Mahomet ! On a tué Charlie Hebdo ! »
Tué Charlie Hebdo… Tous ces noms, ces hommes qui allongeaient les rangs des plus grands caricaturistes, résonnent encore et encore, comme dans un besoin perpétuel de les rappeler-peur de les oublier ou peur de ne pas admettre la réalité ?-et qui fusent à chaque fois sur nous comme une myriade de coups de poignards. Cabu. Walinsky. Charb. Tignous. Elsa. Michel. Franck. Ahmed. Honoré. Bernard. Frédéric.  Descendus, abattus dans leurs propres bureaux, mais debout, comme ils l’avaient toujours souhaité. Abattus par des porteurs d’une religion qui prône l’amour tout en fabriquant de la haine.
 
Depuis quelques heures-il semblerait que ce soit des jours entiers-la France s’est repliée dans un deuil profond et semble coupée de tout évènement extérieur. L’on entend parfois de vagues informations qui nous échappent… SNCF… Croissance… Chômage… Sont-ils devenus inconnus, ces mots ? Comment pourrait-on trouver encore la force d’évoquer l’économie en une heure pareille ? Et à tous les coins de l’hexagone, ce ne sont que lamentations et crises d’effroi, discours républicains de politiciens qui appellent à l’unité, rassemblements au cœur de chaque ville. Tous se rassemblent pour former de véritables foules de masse, ressentant soudain en eux le devoir transcendant d’être Français et, dans ce moment impossible, l’on ne peut s’empêcher de trembler devant tous ces hommes, devant toutes ces femmes, qui oublient tout de leurs préjugés pour simplement crier d’une même voix : Je suis Charlie. Nous sommes  Charlie. Aujourd’hui, il n’y a plus de simples individus « français », il y a la France. Et la France pleure.

« Je n'ai pas peur des représailles. Je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. »

Charb, le 19 septembre 2012 dans "Le Monde" 

Car, si les meurtriers croient n’avoir tué que Charlie Hebdo, ils omettent que c’est toute la France qui se retrouve meurtrie en son sein, touchée en plein cœur, encore abasourdie et flageolante sous le coup qui lui a été porté. Ces hommes, morts pour leurs valeurs, n’étaient pas de simples brosseurs de préjugés grotesques, ainsi que leurs assassins tendent à les qualifier. Ils représentent à eux seuls toutes les valeurs de la République et de la démocratie de la nation, la liberté d’opinion la liberté de la presse. Ils vivaient pour défendre leurs opinions, pour oser rire et faire rire même derrière la menace, pour faire entendre la voix de leur pays, et surtout, surtout montrer qu’ils étaient Libres. D’éternels enfants qui n’avaient à la bouche que les mots de « rire,  de « tendresse »  de « vérité  ». Ils étaient, et c’est aujourd’hui que nous en mesurons toute l’ampleur, des héros. En leur retirant la vie, c’est une partie de chaque Français qui s’est éteinte ce mercredi là ; c’est le territoire tout entier qui sent se resserrer autour de lui l’ombre menaçante d’une muselière. Mais la France ne se taira pas. Elle ne se taira pas parce qu’elle doit honorer jusqu’au bout la mémoire de ces hommes, flambeaux toujours vivants et immortels de notre liberté de penser, parce que se taire serait souiller leur nom et celui du pays. Parce que, devant ce 11 septembre français, se rabaisser serait inconcevable, parce que cet attentat, cette catastrophe, ne doit pas nous pousser à reculer, mais à se redresser, tous, d’un même mouvement, pour aller de l’avant et montrer quelles valeurs sont les nôtres. Aujourd’hui, la France doit fermer les yeux devant nos différences pour que tous osent enfin se prendre par la main et faire vivre le pays. Notre pays.

  En tant que journaliste jeune et au nom de tous les membres du journal l’Apprenti, je rends hommage à ces caricaturistes de renom qui sont tombés dans des conditions tellement abominables. Non, ces hommes ne sont pas morts : en les assassinant, leurs meurtriers n’ont fait que faire retentir la règle qui dictait leur pensée et que, en disparaissant, ils ont bien voulu nous transmettre : écrivez, dessinez, chantez, jouez, de quelque manière que ce soit, exprimez-vous. Soyez libres, fiers, convaincus de ce que vous êtes et de ce que vous pensez. Charlie Hebdo ne disparaîtra pas, et ne doit pas disparaître. Il nous faut à présent mettre en œuvre les valeurs que ces génies de la presse nous ont léguées. En 2015, au 21ème siècle, il n’est plus temps de faire demi-tour et de se censurer, de se murer dans un silence étouffant. Il est temps de crier, de s’époumoner. Nos valeurs ont été bafouées, mais elles restent les nôtres, et elles le seront toujours, quoi qu’il advienne. Aujourd’hui, la main sur le cœur et le poing levé, j’ose crier : Je suis Charlie. Nous sommes tous Charlie.

« L'humour est un langage que j'ai toujours aimé. Notre ressort est de dénoncer la bêtise en faisant rire. » Cabu






vendredi 19 décembre 2014

Un conte de Noël



Et oui, encore une fois je me creuse la tête pour vous trouver un article sur Noël (l’année dernière, vous avez eu droit à la liste des cadeaux les plus pourris à offrir qui, j’espère, vous ont bien servis pour vous débarrasser de votre grand oncle André !) Enfin, c’est bientôt les vacances, et je suis trop fatiguée pour vous élaborer un article époustouflant sur les origines et les conséquences sociales de Noël. Du coup, je viens vous faire l’apologie du Père Noël, qui est en grande difficulté cette année…

  Pourtant, sa carrière avait plutôt bien commencé ! Bon, avouons qu’elle est basée sur quelques légendes assez superficielles, mais qui le mettent en valeur. Non, désolée, le père Noël n’est pas né au Pôle Nord, auquel cas il n’aurait eu aucun intérêt de quitter son igloo pour atterrir dans notre incroyable société industrielle. En vérité, le père Noël est issu d’une famille assez aisée d’Amérique du Nord (à l’époque, les Californiens n’étaient pas aussi bronzés qu’aujourd’hui…) Fils d’un PDG d’une immense production de pétrole, il avait déjà bonne réputation tout au long de sa scolarité qu’il a exercé brillamment (il a passé l’équivalent d’un bac ES spé maths qui lui sert aujourd’hui à gérer tous les bénéfices de sa production !) D’ailleurs, il serait certainement devenu un grand économiste dont les principes seraient en vigueur dans le monde entier aujourd’hui, si une dispute assez virulente avec son père ne l’avait contraint à aller s’exiler au Pôle Nord. Nous ignorons totalement les motifs de cette dispute que le Père Noël tient à garder secrète (mais les nouveaux moyens d’investigation de Closer pourraient bientôt nous mettre sur la voie !) Cependant, en véritable combattant, le père Noël qui portait encore en lui le rêve américain, décida de créer sa propre société. Il réfléchit des jours et des nuits entières avant de trouver l’idée miraculeuse : Rendre les enfants heureux ! (et son compte en banque également, si possible). Emballé par ce choix ambitieux, il a tout de suite mis toutes les chances de son côté, en commençant par contacter des sociétés capables de lui venir en aide financièrement (rappelons que son ex était alors la directrice de la société Coca-Cola). De nombreux individus du monde entier et de tous les âges ont répondu à son appel et, au bout de quelques années seulement, son entreprise était déjà une Grande Entreprise de plus de 300 salariés, au point qu’elle a du récemment étendre des filiales à Taïwan. Vous connaissez la suite : aidé par un envol de la publicité, son essor a été immédiat, autant dans le cœur des enfants que dans ceux des adultes, et même des grands industriels qui, grâce à lui, peuvent vendre par milliers musiques et œuvres cinématographiques à son effigie (mais il en reverse les bénéfices à la Croix Rouge car son emploi du temps ne lui laisse pas l’occasion d’offrir des cadeaux aux Africains). De plus, le père Noël est adulé par tous les partis politiques : Chez les socialistes, il incarne les valeurs du partage et de la solidarité qui leur sont chers ; les Verts apprécient son traîneau tiré par des rennes qui développe un moyen de locomotion très écologique, tandis que la droite reconnaît en lui le courage de travailler même les jours fériés et bien au-delà de l’âge de la retraite (Macron partage d’ailleurs cet avis).
  Mais voilà, cette année, le conte de fée du Père Noël commence à battre de l’aile. Pour commencer, le changement climatique de ces derniers temps a beaucoup influé dans sa région du Pôle Nord, et il sera certainement bientôt contraint de délocaliser. (Il a commencé à négocier avec l’Algérie qui, paraît-il, lui offre une place assez intéressante). Cette année, il a également perdu de nombreux salariés, tous enchantés par la ruée vers le gaz de schiste, apparemment plus avantageux que la production de tablettes numériques et de poupées parlantes. Evidemment, cela a provoqué une baisse de sa production, et donc de ses bénéfices. Il n’est même pas sûr de pouvoir subvenir à tous les rêves de ses principaux territoires de ventes. J’ai entendu dire qu’il avait d’ores et déjà rayé la Russie de sa liste. « De toute manière, aurait-il déclaré aux syndicats de son entreprise, elle demande chaque année la même chose : plus de force diplomatique, et la possession de l’Ukraine. Sans rire, ils y croient encore ceux là ! » Son travail commence vraiment à le démoraliser. Essayez de le comprendre ! Avant, les enfants demandaient des choses tout à fait raisonnables : des oranges, des chevaux en bois, la paix dans le monde… Voilà maintenant qu’il lui faut investir dans une multitude de projets numériques qui, en plus de lui monter à la tête, lui sont bien plus onéreux qu’auparavant. Et je ne vous parle pas des lettres des enseignants qui lui demandent plus de reconnaissance du travail accompli et une nouvelle montée des salaires. Enfin, il a fini par couper entièrement les ponts avec le Medef (« Franchement ! s’est-il plaint à son conseiller en communication, si Valls aime tant que ça les entreprises, il n’a qu’à les aider lui ! »)
Dernièrement, le Père Noël s’est inscrit à Pôle emploi, où il attend avec espoir que lui soit libérée une place de roi mage (mais vu la polémique actuelle sur les crèches, cette tâche s’avère plutôt compliquée…)

  Tiens… Vous connaissez la sonnerie de Blaise Pascal qui vous somme d’aller en cours ? Quelques mots encore : ayez pitié de ce pauvre vieux Papa Noël qui vous a tellement gâté auparavant. Soyez gentil avec lui : cette année, ne lui en demandez pas trop, et au lieu de mettre sous le sapin une assiette de gâteaux très mauvais pour sa prostate, glissez lui un chèque quelconque…  Sur ce, joyeux Noël !

 

 

mardi 2 décembre 2014

Etre drôle



      Il y a quelques jours, j’avais la farouche ambition de vous parler de Rémi Fraisse. Et pas n’importe comment : je dois avoir plus d’une vingtaine de coupures de journaux rien que sur cette affaire, spécialement pour cet article ! Seulement voilà, il y a deux jours, mon rédac’ en chef est venu me voir avec un air désolé et m’a fait le coup du « Tu sais… Faudrait que tu fasses des articles un peu plus drôles sur le blog… Moins politiques aussi… Enfin moins sérieux quoi ! »
Bref, je suis censée être drôle. Là c’est le moment où je lève les yeux sur les sujets d’actualité, et tout ce que je vois c’est « Ebola », « Jouyet-Fillon », « remise en route du Japon »… Et si on s’arrêtait là ? Ce qui est sûr, c’est que si je veux être drôle et éviter la politique, ce n’est pas dans l’actualité que je vais devoir piocher ! Alors expliquez-moi de quoi je vais bien devoir parler hein ? C’est vrai, je n’ai même pas l’habitude d’écrire des articles hilarants ! Et puis comment est-ce que vous voulez être drôle quand même les clowns deviennent la plus grande menace de la France ? (Sauf que je ne vais pas vous parler de clowns méchants maintenant, puisqu’il est déjà prévu qu’on vous en fasse le récit dans le prochain journal papier).
Du coup, j’ai essayé de me renseigner un peu autour de moi. La fameuse question qui tue : Comment être drôle ? Mon petit frère m’a regardé avec un air innocent et m’a répondu « pour être drôle, je crois qu’il faut avoir ma tête. » Bref. De l’autre côté mes amies se sont lancées dans un discours philo-pathétique du style « Alors faut être naturel, ouais ouais, et puis ne pas se mettre de limites, enfin ne pas se prendre la tête quoi, t’vois ? Bref, just be you, quoi !
 » Je vois oui.
Mais ma réponse préférée, ça a été celle de Laurent Gilles  dans : Mauvaises Nouvelles :

-T’es pas drôle aujourd’hui.
-Tu sais, on peut pas être drôle tous les jours.
-Ah bon… Et pourquoi ?
-J’sais pas.
-On a qu’à jouer à être drôle.
-ça va pas être facile.
-Il suffit de pas être triste.
-Toi, t’es vraiment drôle.

Jouer à être drôle… Est-ce que ce ne serait pas le jeu de nous tous, finalement ? Est ce que ça veut encore dire quelque chose, aujourd’hui, être drôle ? Est-ce que vous trouvez vraiment amusant la blague machiste que votre copain vient de vous balancer ? Aujourd’hui, on rit, c’est vrai. Partout. Pour n’importe quoi. Pas vraiment parce que c’est drôle, mais parce que, au final, c’est tout ce qui nous permet de croire qu’on est vraiment heureux et qu’on accepte ce monde dans lequel on vit. Au 21ème siècle, être drôle, c’est savoir  vanner. Et vanner, c’est pointer du doigt un défaut, une aberration chez quelqu’un d’autre et tourner ça en ridicule. La dérision, en quelque sorte. Etre assez observateur et attentif pour remarquer le détail qui tue, rebondir dessus et lancer sa vanne. Enfin, tout un art quoi…
  On m’a dit aussi qu’il fallait être heureux pour être vraiment drôle. Je ne suis pas vraiment d’accord. Pour moi, ce serait plutôt l’inverse : être drôle pour être heureux. Ou au moins pour essayer de l’être. Vous savez, se donner cette impression à soi-même que l’on est parfaitement heureux rien qu’en amusant la galerie, ressentir cette impression d’être adulé, fort, invincible, parce que vous parvenez à faire sourire toute une salle. J’admire beaucoup les gens qui sont drôles (en convenant qu’ils sont réellement drôles et qu’ils ne se limitent pas à des blagues carambars, évidemment). Pas ceux qui vous fatiguent à force de rire à leurs propres blagues tout au long de la journée, mais plutôt ceux qui en font une bataille. Celle d’être heureux et de rendre les autres heureux. Regardez Charlie Chaplin. Je vous ferai grâce de toute sa biographie ; le fait qu’il n’était pas l’homme le plus heureux du monde ne nous est plus inconnu. Et pourtant, ça ne l’a pas empêché de faire rire aux éclats toute une génération, et de nous amuser encore aujourd’hui. Pour la simple raison qu’arrêter de rire, et de faire rire, ce serait replonger dans la réalité ; celle où les manifestants se font tuer par les gendarmes, où la courbe du chômage et de la croissance ne cessent de plonger, et où même les smileys sur votre téléphone ont un sourire recourbé. Parfois, je me demande à quoi pensent ces gens quand ils font rire les autres. Est-ce qu’ils ne sont pas soulagés ?  Soulagés de voir que les gens peuvent encore rire, alors qu’on nous assène partout que la France est de plus en plus triste ? C’est bien pour cette raison qu’on nous passe en boucle des émissions censées nous ramener à la joie de vire. Imaginez cet entretien avec Ruquier :

-Allô Laurent ? C’est Cath’ ! Tu sais pas quoi j’ai une idée de dingue !
- Si c’est encore un débat littéraire crevant à 23h t’oublie…
-Naaaan mais t’as pas compris ? On va faire rire les gens ! Chopes nous 2 ou 3 humoristes amateurs et les gens redeviendront heureux !

(On appellerait ça : dialogue entre Ruquier et Barma sur la façon d’être heureux. Interdit à la vente)
Ce qui fait que, aujourd’hui, on rit en regardant les délires de Kev Adams, ou les émissions de télé-réalité sans intérêt (Oooo regarde c’est trop drôle, elle a glissé en sortant de la douche parce qu’elle a vu que son ex la trompait avec sa meilleure amie sauf qu’il peut pas la tromper puisqu’ils sont plus ensemble à à mourir de rire !)

Enfin bref, il est midi passé, et j’ai faim. Trop pour essayer d’être drôle. Mais vous savez, être drôle c’est excellent pour la santé. Il paraît que ça rallonge la durée de vie. Que ça vous fait les habdos aussi. Ou, tout simplement, que ça vous permet d’être heureux.


NB : Je rappelle à mon cher rédac en chef que la médiocrité de cet article est entièrement de sa faute… et qu’il a malencontreusement oublié de me limiter au niveau des caractères ;)